lundi 2 avril 2012


Dans Paris il y a une rue ;
dans cette rue il y a une maison ;
dans cette maison
il y a un escalier ;

dans cet escalier
il y a une chambre ;
dans cette chambre
il y a une table ;
sur cette table
il y a un tapis ;

sur ce tapis
il y a une cage ;
dans cette cage
il y a un nid ;
dans ce nid
il y a un œuf ;

dans cet œuf
il y a un oiseau.

L'oiseau renversa l'œuf ;
l'œuf renversa le nid ;
le nid renversa la cage ;

la cage renversa le tapis ;
le tapis renversa la table ;
la table renversa la chambre ;

la chambre renversa l'escalier ;
l'escalier renversa la maison ;
la maison renversa la rue ;

la rue renversa la ville de Paris.

Paul Eluard

L’onomatopée



Lolo,
Nono,
Mama,
Topée !
C’est pas possible à prononcer !

Glou-glou
Tic-tac
Do-do
Pé-pé
Tout ça
C’est de l’O
NOMATOPEE

Lolo,
Nono,
Mama,
Topée !
Un mot à vous rendre toqué !

Cui-cui
Chut-chut
Boum-boum
Yé-yé
Voilà des O
NOMATOPEE !

Lolo,
Nono,
Mama,
Topée !
Pourquoi vouloir tout compliquer !

Andrée Chédid

Interview d'Andrée Chedid

Andrée Chedid est née au Caire, en 1920, de parents libanais, « une famille cosmopolite ». A 16 ans, elle écrit déjà de la poésie, « comme ça, c'est venu tout seul ! ». En 1946, elle s'installe à Paris, avec mari et enfants.

Depuis, elle couche sur ses feuillets gribouillés des histoires de guerre et d'amour, de peine et de bonheur. Elle brasse le monde, interroge le temps, la vieillesse, affronte la bêtise, chante la joie, clame la réconciliation.

Andrée Chedid est une indécrottable optimiste. Elle puise sa foi chez « les gens ». Les raconter, les écrire, c'est, pour elle, leur donner l'éternité.

Cette infatigable optimiste est décédée en 2011 à Paris à l'âge de 90 ans.

Article paru dans Télérama le 14 octobre 2000

(…)

Vous écrivez en français ?
Je parle trois langues : l'arabe, l'anglais, le français. Mon premier recueil de poésie, je l'ai écrit en anglais. Il me semblait plus apte à jouer avec les mots. Ensuite, j'ai toujours utilisé le français : j'aime sa clarté, sa précision. Il éclate. Le fait d'être femme et orientale me donne un excès de sensibilité [rires]. Passer par le cristal de la langue française m'oblige à la rigueur. Mes feuillets sont couverts de corrections de toutes les couleurs. Ensuite, je saisis les textes sur un ordinateur. Il en fait souvent à sa tête, mais je l'insulte ! Je navigue sans cesse dans les dictionnaires, mieux qu'un voyage, ils offrent la liberté.

La liberté ?
D'aller d'un mot à l'autre, d'une émotion à l'autre, d'un monde à l'autre.

Et vous, vous avez toujours été libre...
La liberté, chez moi, c'est un instinct. Je fuis les catégories, j'ai horreur des étiquettes. Je n'ai jamais eu d'obligations, j'ai toujours écrit ce que je voulais, quand je le voulais. Je n'ai jamais eu à souffrir de l'emprise familiale ou des modes de pensée. J'ai eu cette chance d'être libre. Mes parents étaient divorcés, et cela, sans doute, a forgé mon esprit d'indépendance. Si l'on est enraciné dans son milieu d'origine et ce jusqu'à la fin de sa vie, on est comme agrippé par un lierre qui enserre, étouffe. On se prive des richesses du monde. Et on ne peut pas être soi

Et le goût d'écrire ?
Non, ça c'est venu tout seul. Je ne suis pas une lectrice acharnée. J'ai une culture moyenne [elle sourit]. J'ai un esprit pas très logique [elle éclate de rire]. Mais j'ai la passion de vivre. Je saisis les choses, comme ça, par brassées, les visages, les gens. Je suis bouche bée devant les gens.

(…)

Transformation…


Capo 2 (C / A / D / Dm)


Les poissons ont des écailles et les crocodiles aussi
Les serpents ont des écailles et pour moi, ben j’en ai aussi !
Les oiseaux ça a des ailes et les dragons dans les contes aussi ;
N’oublions pas les pipistrelles
Et quand je joue j’en ai qui pousse aussi…

Aïe aïe aïe que ça fait mal de se transformer en animal.
Du soir au matin je gratte pas mal, j’ai le petit doigt qui s’emballe…

Les sauterelles ont des antennes et ma p’tite radio aussi
Les martiens ont des antennes et pour moi, ben j’en ai aussi !
Les chiens, les chats ont tous des poils et les pinceaux, ils en ont aussi…
Les loups garous ont pleins de poils, et quand je joue j’en ai qui pousse aussi…

Aïe aïe aïe que ça fait mal de se transformer en animal.
Du soir au matin je gratte pas mal, j’ai tous les doigts qui s’font la malle…

La bip / 2012

mardi 24 janvier 2012

Mon ami le lit

J’ai de la peine :
Il m’offre son matelas de laine.
Je suis heureux
Je me roule en son creux moelleux.

Mon meilleur ami,
C’est mon lit.
Il est plein d’attentions pour moi.
- Les draps ne sont-ils pas trop froids ?
Veux-tu une autre couverture ?
L’oreiller n’est-il pas trop dur ?

Oh ! non, c’est doux.
Je m’endors, j’oublie tout,
Je vais rêver…
…Et l’on s’étonne que j’aie du mal à me lever !

Michel LUNEAU


lundi 16 janvier 2012

PAS UN TOMBEAU

Mon père à ma mère « bobonne » c’est pour rire même si.

Mon père ignorant tout de l’aspirateur du mixer des machines à laver à coudre.

Mon père tut tut tut trois coups de klaxon le soir on descend au garage en courant en pyjama pousser la lourde lourde lourde porte on n’est pas trop de trois « et allez vous coucher maintenant » on dîne pas avec lui c’est trop tard on a déjà dîné.

Mon père il dit pas klaxonner il dit « corner je corne tu cornes » il corne ses trois coups de corne tut tut tut.

(…)

Mon père pas mis un slip de bain un boxer-short depuis quarante ans je crois.

Mon père savon à barbe jamais vu barbe à papa non plus rasoir électrique toujours fête foraine jamais.

Mon père paysan son rateau sa fourche à neuf dents son couteau son
sécateur ses trois berouettes son pantalon plein de résine de sapin.

Mon père bibliophile relié tout Corneille tout Marivaux tout Maupassant tout Nerval
à moi cadeau pour un Noël tout Balzac.

Mon père « tiens les vents ont tourné ils sont au nord on va avoir du beau temps ».

Mon père à 79 ans s’ennuie toujours en visite vient déjeuner avec sa tronçonneuse :
« Vous avez bien trois-quatre arbustes à ziguenailler dans le jardin, non ?

Bernard Bretonnière
extrait de « Pas un tombeau »
Le dé bleu, 2003

Le voilà

Il a le nez tout rouge comme un alcomique
Des mains très grandes pour mettre des baffes très grandes
Des cheveux verts pour avoir des cheveux verts
Un œil rond
Et pas moi aussi
Il fait l’andouille
Le crétin
L’imbécile
Il marche sur ses pieds
Renverse des seaux
Il a même une fleur qui fait pipi
Il casse des assiettes pour rire et ça fait des morceaux quand même
Et pas moi aussi.
Quand je fais tout ça
Le crétin d’imbécile d’andouille
Le casseur d’assiettes
Le marcheur sur ses pieds
L’œil rond
Les baffes très grandes
Les cheveux verts et le nez rouge
Arrête ton cirque dit papa
Alors le clown dans mon nez
Mes cheveux mes mains
Mon œil
Le clown rigole
Car pas lui aussi

Gérard Bialestowski
« Les poète et le clown » Motus, 1997